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Témoignage d'Hélène Taquet, fondatrice du Collectif de la Fleur Française

Qui de mieux qu’une productrice engagée dans le redéveloppement de la production française pour parler du futur de la filière ? Nous avons longuement discuté de ce futur avec Hélène Taquet, fondatrice du Collectif de la Fleur Française, qui nous a convaincus de la réalité du rebond de la production locale et de sa viabilité.

Hélène Taquet, fondatrice du collectif de la fleur française.

Au premier regard, la filière fleurs coupées en France semble en mauvaise posture et il est difficile de s’y retrouver dans les chiffres. A combien estimez-vous le nombre de producteurs en France ?

Difficile de trouver des chiffres lisibles sur une filière qui mélange plante en pots et fleurs coupées ! A ce jour, 287 producteurs adhèrent à notre collectif et la SICA MAF regroupe environ 150 producteurs. On peut ajouter à la louche une cinquantaine de fermes, soit environ 500 producteurs spécialisés au total.

Dans la dynamique actuelle, notre collectif enregistre 60 à 70 nouvelles installations par an.

Face à un marché essentiellement approvisionné par les importations, sur quels leviers peut-on compter pour les concurrencer ?

Sur la fraîcheur, déjà : une fleur importée a été cueillie une semaine plus tôt et va tenir environ cinq jours. L’impact de la fleur locale sur la qualité du produit final est net, vous en avez sans doute déjà fait l’expérience vous-même : en gagnant une semaine, on double la durée de vie du bouquet !

Ensuite sur la diversité : la variété est en réalité très faible sur ce qui est importé. On compte 15 à 20 espèces à tout casser. Les fleuristes qui font de la fleur locale deviennent véritablement accros à cette nouvelle diversité qui leur est proposée. Ils ont appris leur métier sur les fleurs d’import et c’est tout un monde qui s’ouvre à eux.

Et sur les prix ?

Nos fleurs ne sont pas plus chères que les fleurs d’importation, à produit comparable, du moment qu’elles sont produites et vendues en saison.

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A propos de saison, comment concurrencer la rose importée en toute saison et qui a une place particulière dans les achats de fleurs ? Est-ce que l’idée n’est pas plutôt de s’attaquer au reste du marché ? Après tout, la rose ne représente « que » 42% des importations ?

La rose d’importation peut aussi être concurrencée sur le marché. L’avenir de la filière repose sur la distribution : il appartient aux fleuristes de convaincre leurs clients que choisir d’autres fleurs que la rose est possible, lorsque ça n’est pas la saison. Et qui plus est, que c’est une démarche sensée.

Et c’est tout à fait possible : j’en parlais récemment avec des fleuristes de notre collectif qui ont fortement diminué le volume de roses proposées pour la Saint-Valentin et ont pu faire leur chiffre d’affaires quand même, en expliquant aux clients que les roses ne fleurissent pas en février. Certains m’ont même dit qu’ils ne vendraient pas de roses pour la St Valentin l’année prochaine !

Et justement, comment gère-t-on la saisonnalité sur une production 100% française, sachant que les fleuristes ont aussi besoin de vendre en hiver ?

On y arrive ! La France est diverse en terroirs et les possibilités sont multiples. Et il est tout à fait possible de produire des fleurs en hiver : les chrysanthèmes jusqu’à fin décembre, les hellébores, le mimosa, les anémones, …

Est-ce que l’enjeu principal n’est pas celui de la structuration de filière ?

Oui, comme vous le dites si bien (merci !) il faut structurer, c’est-à-dire mettre en lien les producteurs et les vendeurs. Et c’est ce que nous faisons avec le collectif : il faut montrer que nous sommes là, que nous pouvons approvisionner en quantité et sur la durée. Nous avons mis en place 18 points de vente sous forme de marchés de producteurs chez Agora, grossiste en fleurs pour regrouper l’offre et faire venir les fleuristes. Et ça marche : les producteurs repartent en ayant tout vendu !

Plus largement, il faut aussi informer et sensibiliser les fleuristes : comme je vous l’ai dit précédemment, ils n’ont pas appris la fleur française à l’école !

Retrouvez notre article dédié au développement de la filière fleurs coupées en France

L’offre que développent les producteurs de votre collectif est assez nouvelle sur ce marché dominé par les importations : est-ce que le métier de floriculteur en 2024 n’est pas un nouveau métier en soi ?

Sur le plan de la gamme proposée, elle a existé par le passé : dans les années 1960, il y avait une grande diversité de fleurs sur le marché.

La différence aujourd’hui, c’est la structure des entreprises et leurs modèles, même s’ils sont très divers : les surfaces sont plus petites, le matériel est meilleur, le circuit-court est dominant, etc.

Et les candidats à l’installation ont des profils peu expérimentés : on ne s’y attendait pas forcément en lançant le collectif.

Et quels sont les enjeux principaux pour les nouveaux floriculteurs ?

Le gros problème que nous rencontrons au collectif est de réussir à convaincre du bienfondé de raisonner au maximum son système économique. Il faut donc de la formation.

Et c’est pour ça d’ailleurs que j’aime bien Elzeard : votre outil permet de mettre le nez dans la complexité du modèle de production. Si on veut s’assurer un marché, il faut s’assurer une longueur de récolte en plantant plusieurs séries, limiter son nombre de fleurs différentes, etc.

Un peu comme en maraîchage, en somme ?

Oui, enfin vous connaissez mieux le sujet que moi, mais j’imagine que oui !

Mieux visualiser, ça permet de se rendre compte de la complexité et de réfréner un peu les ambitions démesurées. Certains veulent se lancer avec 120 espèces : au début, c’est trop !

Il faut que les gens aient une vision concrète de leurs objectifs dès le départ, pour les comparer ensuite aux moyens qu’ils peuvent mettre en oeuvre.

Hélène Taquet, fondatrice du collectif de la fleur française.

Ya-t-il des données de références suffisantes pour les porteurs de projet ? Des modèles de référence ?

Il y a un livre américain qui est très bien, les vendeurs de plants et de semences sont de bon conseil, on a des références chez nous : on ne manque pas de données, mais c’est vrai il faut les chercher !

Et les modèles, les terroirs, les situations sont tous différents : la donnée ça ne fait pas tout !

Un nouveau producteur doit apprendre :

  • A produire.
  • A maîtriser les circuits de distribution.
  • A fixer ses prix pour être rentable et à ne pas casser ceux du marché.

On voit beaucoup de labels se développer : quelle place pour la certification ? Et l’agriculture biologique ?

Honnêtement, il n’y a malheureusement pas vraiment d’intérêt à la certification en fleurs coupées. Le marché n’y est pas sensible. Par exemple, en bio : on ne valorisera pas 1 centime de plus une fleur si elle est labellisée. Et les plants et les semences bio, il n’y en a presque pas sur le marché.

Notez que la fleur est une culture très raisonnée où de plus en plus de producteurs sont en PBI. C’est une production qui demande peu d’intrants.

En conclusion ?

Le gros souci pour le moment, c’est la quantité : il faut qu’on assure les volumes, qu’on montre qu’on est là sur deux/trois ans et que les vendeurs nous fassent confiance. Mais il y a une opportunité réelle : la fleur, c’est la culture la plus rentable au m², elle demande peu d’investissement et peu de surface !

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